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Techniques de pêche. Chambre de capture et pêche au koba

Source : Jean GALLAIS (1967), Le delta intérieur du Niger, étude de géographie régionale, IFAN-Dakar, 2 tomes, 621 pages, annexe photographique, photo 28.

Cette photographie est mentionnée à deux reprises dans un texte où elles entrent en résonance. D’abord présentée comme technique de pêche puis comme pratique propre aux Fuôno-Sorogo, cette photographie illustre une des techniques les plus élémentaires dans un panel dont la diversité « défie toute nomenclature descriptive (p. 417) ». Son analyse minutieuse se justifie par le désir de montrer la façon dont la crue rythme la vie des pêcheurs et celle des Peul qu’elle met en contact autour de lieux furtifs, immatériels, purement nés des occasions sociales de rencontre, thématique chère à Jean Gallais. « Le Peul et son troupeau dressés sur la berge ou descendant sur le sable d’un marigot pour l’abreuvement rencontrent chaque jour la pirogue du pêcheur, glissant au fil de l’eau. La rencontre des deux migrants est le spectacle le plus fréquent et l’un des plus significatif du Delta. Comme ils sont différents ! (…) Mais les rythmes des deux hommes sont accordés. N’accompagnent-ils pas l’un et l’autre les eaux dans leur décrue ? (p. 414) ». L’enjeu de ces descriptions touche la conception même de la géographie. « Ainsi la technique de pêche dans le delta intérieur du Niger est d’une grande richesse. Le géographe est surtout sensible à sa parfaite adaptation au milieu. Ces rapports intimes requièrent du pêcheur un souci d’observation, de patience, de goût pour le perfectionnement continu des méthodes. L’usage des instruments de pêche exige plus de ruse et de force que d’organisation collective. L’exercice héréditaire de ses facultés donne au pêcheur un individualisme actif et ouvert aux innovations (p. 419) ». Cette conclusion ramasse remarquablement les éléments posés au fil du texte. Le pêcheur est inscrit dans une histoire qui spécifie son rapport au milieu. A l’écoute de celui-ci comme l’ont été ses prédécesseurs, il ne se heurte pas à lui de la même façon. Par l’intégration des expériences de sa lignée d’origine, il se fait réinventeur perpétuel de techniques d’exploitation. Ainsi, la transmission et l’intégration de la culture technique renouvelle la relation au milieu et déboute définitivement toute explication déterministe. Les bases de la géographie culturelle chère à Jean Gallais sont ainsi posées.

[Extraits de la thèse]