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Couverture de la Revue de psychologie des peuples.

Source : Revue de psychologie des peuples, Centre de recherches et d'études de psychologie des peuples et de sociologie économique, Le Havre, numéro 3, 1969.

Nulle autre figure que celle du Peul est plus centrale aux travaux de Jean Gallais. Ce peuple qui ne s’enferme dans aucune réalité singulière gagne dans ce texte un « s » terminal en substitution du « h » habituel chez l’auteur jusqu’en 1961. C’est que l’origine historique de ce peuple, alors jugée incertaine laisse peu de place à l’uniformité. Si la pratique du nomadisme dans un espace zonal stable place le Peul par delà l’histoire, la réalité expose d’importants contrastes qui exigent du chercheur d’éclairer l’association itinérante de l’homme à l’animal. L’« homomanie » du troupeau plus que la « bomanie » du Peul explique ce binôme et dément l’adage selon lequel « dans cette migration progressive et sans fin, le Peul, dit-on, suit la vache ». Choix humain aussi que l’effectif pléthorique du troupeau d’avantage significatif d’une précaution rationnelle que d’une absence de gestion. Mobilité et dispersion font donc l’ « identité géographique » du Peul, expression de caractéristiques sociales profondes. Leur emprise territoriale subit pourtant de profonds bouleversements. Les rassemblements forcés qui condensent le peuplement, accentués par la gestion administrative qui ramasse en un point la population éparse, brouillent l’espace peul. Politiquement, la répugnance des Peul à l’égard de toute autorité extérieure les marginalise des institutions naissantes jusqu’au « renversement social » né de la promotion administrative les anciens captifs. Démographiquement en faible croissance, économiquement en grande difficulté, géographiquement écartelé entre « agricolisation », « sahélisation », « resahelisation », le monde Peul traverse une crise qui interroge Jean Gallais. Quel devenir pour un peuple qui a fait l’histoire de l’Afrique en lui donnant une culture humaniste ? Quelle entente espérer avec les cultures nationales qui émergent ? Le ton grave de la conclusion en rupture totale avec des propos enjoués du début suffirait presque à dire l’immense inquiétude de l’auteur.

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