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couverture

Source : Jean GALLAIS – Luc de GOLBERY (1972), Villages d’Inde centrale. Andhra Pradesh, Presses de l’Université de Rouen, 58 pages + 32 pages de figures HT.

Cet ouvrage constitue le dernier rapport de la Mission d'Etude des Villages de l'Andhra Pradesh dirigée par Jean Gallais depuis une décennie. Il se présente sous la forme originale d'un atlas, avec un texte de 50 pages accompagné d'une série de 37 planches, sans en revendiquer le titre par manque d'exhaustivité. Publié par les Presses Universitaires de Rouen, il sort du domaine de la littérature grise des cinq précédents rapports pour viser un public plus large aussi bien dans le contenu que dans la forme. Au delà des géographes, le texte s'adresse aux autres sciences humaines, la sociologie, l'anthropologie et jusqu'à l'économie, pour proposer une lecture spatiale de la société rurale Andhra. A l'époque où paraissent les premiers atlas villageois comme celui réalisé par J-L Chambard sur Piparsod, Villages d'Inde Centrale poursuit un objectif plus vaste. Il s'agit de généraliser les observations obtenues sur un échantillon de six études de cas, à l'ensemble de la situation de l'Andhra Pradesh. Bien conscients des difficultés de la tâche, les auteurs interrogent l'entité villageoise comme unité sociale et comme unité d'organisation et de production économique.

L'ouvrage est donc divisé en deux parties. La première en 15 pages et 9 planches, consacrée à la société villageoise dans sa dimension spatiale, et la seconde en 23 pages et 27 planches à l'usage du sol et son contrôle social. Dans le premier volet, la dimension spatiale est restituée par la cartographie des castes dans l'habitat ajoutant une dimension aux analyses socio-religieuses classiques. Les auteurs jouent alternativement de la position sociale ou de la position spatiale pour inférer le statut de la caste. A partir d'une méthodologie comparative graphique, ils reconstituent un modèle villageois a-centré organisé autour de la caste dominante (notion développée par M. N. Srinivas). Le concept de village est tout à la fois ré-affirmé comme unité d'habitat et discuté comme entité politique. Dans le second volet de l'ouvrage, la dimension socio-économique est mise en avant par l'analyse des finages selon les cultures pratiquées, les aménagements et surtout l'emprise foncière des castes. Celle-ci est étudiée dans l'espace par la cartographie de façon statique et dynamique, grâce aux relevés anciens du village de Latchanagudipudi. Des traitements graphiques matriciels utilisant la méthode mise au point par J. Bertin au Laboratoire de cartographie de l'EPHE, permettent de croiser les 90 paramètres d'analyse de la société villageoise obtenus par enquête quantitative.

Les objectifs du travail sont donc nombreux. Le premier est de diffuser les résultats d'un programme de coopération pour les rendre accessibles à un large public, avant la publication des études approfondies (thèses). Le second est de ré-affirmer la place de la géographie dans l'analyse des sociétés, comme le montre la référence à F. Braudel, « ne soutient-il pas que l'analyse de l'espace social est l'objectif essentiel de l'analyse géographique » dans la conclusion. Cette défense de la géographie sociale s'appuie sur une méthodologie mise en œuvre dans l'ouvrage. Elle privilégie l'induction par les enquêtes villageoises, pour construire des schémas explicatifs à un échelon supérieur en faisant appel à la cartographie et au traitement graphique de l'information.E.L.

[Note critique]