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Jean GALLAIS (1995) Perception et interprétation amharique de la montagne,

Source : P. CLAVAL – SINGARAVELOU (dir), Ethnogéographies, l’Harmatan –géographie et cultures, p 93 – 119.

[Texte]

En octobre 1990, le CEGET de Bordeaux associé au laboratoire « Géographie et culture » fait des « ethnogéographies » le thème d’un colloque pluridisciplinaire. Le manuel et les deux numéros de la revue « Géographie et culture » qui en résultent témoignent du succès de cette rencontre. Jean Gallais trouve une place légitime dans cette manifestation qui consacre une approche qu’il a faite sienne depuis ses premiers travaux sur le Delta intérieur du Niger. Engagé à travailler sur l’Ethiopie depuis le début des années 80, il renoue avec l’écologie culturelle, seule approche à même de comprendre l’implantation des populations amhariques dans un étage montagnard sans qualité intrinsèque et pourtant historiquement reconduite. Aucun simplisme dans une analyse qui fait surgir tour à tour de l’histoire des organisations spatiales multiples. La position de l’Ethiopie dans les réseaux sabéens, le transfert d’un modèle agricole par les migrants, la perception du confort climatique, le différentiel d’appréciation des milieux imprimé dans la toponymie, la structuration de la montagne en unités politiques, l’interprétation subjective de la balance risque / sécurité, les projets d’abri, de refuge voire de résistance et enfin une sacralisation de la montagne commune aux religions chrétiennes font régulièrement rejouer cet étage dans les oscillations de l’histoire. En découle un modèle d’organisation culturelle de la montagne qui ne s’ajuste pas aux potentialités naturelles et qui pourtant est le fruit d’un choix assumé, durable. « Le choix est global, s’exprime comme résultant de causes évidentes d’après les intéressés. Un esprit critique, c’est-à-dire étranger, pourrait discuter ces évidences, mais l’important n’est pas leur réalité objective mais leur représentation indiscutée. » Peu à peu, cette structuration de la montagne perd de son actualité à mesure que s’érode la capacité d’influence des dépositaires de cette valorisation culturelle. Une organisation en secteurs déployée autour des noyaux urbains montagnards tend à la remplacer, signe d’une « démontagnisation » en cours selon Jean Gallais.