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Le travail dans la rizière. La moisson dans l’eau.

Source : Jean GALLAIS (1967), Le delta intérieur du Niger, étude de géographie régionale, IFAN-Dakar, 2 tomes, 621 pages, annexe photographique, photographie 11.

« Le 8 novembre Mama Bouboucari* et Kaoudou font leur première récolte de l’année, celle de leur champ de simismo près du village. De l’eau jusqu’à mi-jambe, ils coupent les tiges à 20 ou 30 cm de l’épi avec la faucille dentelée et les laissent par poignée flotter à la surface de l’eau (p. 211) ». Cette photographie arrive au terme de l’étude consacrée aux riziculteurs. D’octobre 1957 à mars 1959, Jena Gallais a entretenu une solide connivence avec la famille de Mama Traoré. Kaoudou, le fils de 20 ans en 1957 qui « a été à l’école de Ténenkou pendant dix ans et parle et écrit un français rudimentaire mais correct » (p. 203) « a tenu un journal des activités de chacun des membres de la famille. Ce document nous permet de suivre les gestes qui, au rythme des saisons, constituent la vie quotidienne d’un riziculteur caractéristique du Delta (p. 201)». Par une note de bas de page Jean Gallais justifie la nécessité d’une telle minutie. « Les détails personnels que nous donnons sur certains des habitants du Delta paraîtront peut-être relever de l’anecdote. A notre sens ils méritent attention. Que Mama Traoré ait été tirailleur, qu’il ait épousé sa cousine, qu’ils aient eu dix enfants dont sept survivent…, tout cela est significatif de la condition d’un Rimaïbé du Delta ». Du texte particulièrement détaillé qui précède la photographie ressort la cadence très soutenue du travail, son intensité, une coopération mutuelle intra et inter familiale mais surtout un très fort ajustement des emplois du temps des hommes et des choix de variétés de riz que seule une analyse aussi finement minutée permettait de révéler. Si l’activité rizicole est importante et ancienne dans le Delta, elle ne se pratique pas par atavisme et ne doit rien aux conditions de nature du Delta aux sols peu favorables. Si le riz a développé un très grand nombre de variétés adaptées aux micro-conditions locales, ce sont avant tout les arrangements humains qui expliquent le type de riziculture pratiqué et ses formes peu intensives comparativement aux milieux asiatiques analogues comme le rappelle Jean Gallais à plusieurs reprises.

(*Mama Bouboucari demi-frère de Mama Traoré)

[Extraits de la thèse]